Le mythe de la correction en maisons d'édition
Sur son blogue, Jean-Basile Boutak effectue un retour sur son expérience d’auto-édition :
http://e-jbb.net/2012/01/20/retour-sur-mon-experience-dauto-edition/
Son texte offre une plus value didactique réelle pour les auteurs qui s'intéressent à l'autopublication. Jean-Basile utilise le terme auto-édition auquel je préfère celui d'autopublication. Nous en reparlerons donc une autre fois. Comme dit le canadien Lou Jacobi dans Irma la douce: "That's another story"...

Mon billet est une réaction à un commentaire de ses lecteurs :
«Gros avantage du passage par l’éditeur : en principe il offre une qualité de relecture bien confortable pour l’écrivain(mes ouvrages sont épluchés par trois personnes qui elles aussi écrivent, et que j’épluche quand c’est leur tour de passer sur le gril).»
À l’égard de l’auteur du propos, il faut noter le bémol introduit par les mots «en principe».
Je ne peux que le remercier de m’avoir donné le goût de prendre le temps d’écrire à mon tour.
Avec tout le respect que je dois à ceux qui oeuvrent dans le domaine de l’édition, alors que j’y trempe les orteils depuis seulement quelques mois, je crois que l’aura du «service de correction» d’une maison d’édition, en 2012, doit être déboulonner et remiser dans le même classeur que «l’odeur du papier» comme raison de ne pas acheter un eBook!
Vous savez que ce type de service est maintenant parfois délocalisé?
http://www.sfep.org.uk/pub/news/outsourcing.asp
Je me permets de citer un de mes tweets (qui n’a eu aucun succès statistique d’ailleurs avec zéro clic;-)) :
« Si l’édition est gage de qualité d’un livre, faut-il un étiquetage précisant si cette opération a été délocalisée? ow.ly/8pP7Q »
Vous savez que les trois étapes clés de la correction ne sont plus respectées depuis des années?
http://www.correcteurs.org/images/files/que.choisir.janv.2012.pdf
Vous savez que les «petites mains » de l’édition sont l’objet d’une exploitation bien documentée?
http://www.correcteurs.org/images/files/gallimard.TGI1.7.04.pdf
Vous savez que renier pour survivre ce que l’on promet pour exister, c’est l’histoire de la disparition de la correction dans l'édition?
Je n’en savais rien jusqu’à très récemment.
Bien sur, il doit exister des maisons d’édition où ce travail capital est l’objet d’une saine vénération.
Bien sur, il doit exister des auteurs qui entretiennent cette relation symbiotique avec leur éditeur :
http://expositions.bnf.fr/brouillons/index.htm
Bien sur, il doit exister des initiatives numériques désireuses restaurer la primauté du «beau texte» par le biais de la revalorisation de l’étape de la correction. Voila sans doute une des raisons d'exister des "Pure Player" comme on dit en France. L'absence de certains coûts inhérents à la production du livre papier pourrait permettre d'investir dans ce qui « apparait sur l'écran ». Mais le prix de vente des «livrels» sera peut-être un obstacle rédhibitoire à ce pieux vœu.
La réalité est tenace. Plus que jamais, il semble dangereux d'amalgamer systématiquement le concept «maison d’édition» et «label de qualité» pour façonner un totem intouchable ou un ode flagorneur au texte proprement corrigé.
Il n’y a pas si longtemps, les autopubliés étaient considéré comme des vaniteux sans talents, car refusés par les maisons d’édition. C’est l’un des miracles de la propagande d’une industrie qui contrôlait bien son marché. Ce n'est pas rien.
Qui sont Marcel Proust, Alexandre Dumas, Gertrude Stein, Zane Grey, Upton Sinclair, Carl Sandburg, Ezra Pound, Mark Twain, Edgar Rice Burroughs, Stephen Crane, Bernard Shaw, Anais Nin, Thomas Paine, Virginia Wolff, e.e. Cummings, Edgar Allen Poe, Rudyard Kipling, Henry David Thoreau, Benjamin Franklin, Walt Whitman, William E.B. DuBois, Beatrix Potter, Deepak Chopra …
Des autopubliés.
Ce billet ne règle rien.
Toutefois, si nous n’en pouvons plus d’entendre parler de l’odeur du papier comme frein à la lecture numérique (j’ai des livres récents qui puent d’ailleurs, là aussi il y a putrescence d’un écosystème), nous devons, je dois, rester éveiller quant à la nature pernicieuse d’une perception qui ne correspond plus à la matérialité des faits.
Commentaires
Je ne sais que penser de ce
Je ne sais que penser de ce billet, si ce n'est qu'il peut montrer l'intérêt de passer par un "petit" éditeur, quoi que tous ne se valent pas, c'est un fait. Allan E Berger, à l'origine du commentaire qui a engendré cet article, est lui-même auteur, on peut donc juger de sa bonne foi quand il évoque cette étape avec son éditeur !
Concernant la correction, certes elle n'est peut-être plus suivie à la virgule près chez les éditeurs, mais reste tout de même un passage de correction, sans oublier le tri, qui peut tout de même garantir une certaine qualité dans les parutions éditées (oui, sans compter le copinage et la peopolisation des livres...).
J'en retiens surtout que l'auteur a intérêt à faire attention à l'orthographe lui-même. Je lisais un témoignage d'un éditeur qui disait qu'il n'était pas vital de ne pas faire de fautes pour être un bon auteur. Certes, mais j'ai l'impression que c'est tout de même devenu vital pour se faire éditer, car les éditeurs de plus en plus regardants sur les retouches de textes n'adopteront donc jamais un texte qui leur demanderait tant de travail, aussi bon soit-il.
Pour le reste, je pense que chacun devrait se faire son propre avis sur l'édition/l'auto-édition, a partir de ses expériences. Certes, le monde de l'édition n'est pas vraiment rose, mais il ne faut pas tomber dans l'excès inverse et la voir comme un monstre.
Article et liens très intéressants en tout cas ! ;-)
De l'importance de la correction
Merci pour le commentaire.
C'est le premier sur mon blogue. Si j’étais proche, je vous ferais un bisou.;-)
Éliminons immédiatement toute ambiguïté : la correction est un passage obligatoire pour respecter les lecteurs.
Mon billet tentait d'exprimer l'importance de la correction. Dans une autre vie, j'ai eu la chance d'être « corrigé » quotidiennement. Je reconnais l'importance du geste et, maladroitement peut-être, je tente de le valoriser.
Qu’il soit autopublié ou dans le giron d’une « maison », un auteur ne peut que bénéficier d’être revisité par un regard extérieur. Oui, une maison d'édition offre ce service à ses auteurs... mais pas gratuitement. Un autopublié peut aussi se faire corriger. Cela s'appelle un investissement.
J’en profite pour réitérer ma demande d’aide: je cherche unE spécialiste de la correction/révision (fiction et non-fiction) pour une interview.
Le premier commentaire de
Le premier commentaire de votre blogue ? Espérons que ce soit le première d'une longue série !
Bien d'accord avec vous : la correction est un art qui mérite d'être mis en valeur ! Pour l'auto-édité ou l'auteur qui cherche à être publié, ce peut même être un investissement incontournable !
En tout cas, sans forcément investir, la première des choses est de trouver un relecteur doué en orthographe (parmi son entourage par exemple) si on se sait assez enclin à faire des fautes.
Au plaisir de vous lire !
édition vs. auto-édition
Je n'ai aucune expérience personnelle ni de l'édition ni de l'auto-édition. Mais lorsque vous parlez d'investissement, vous touchez là un des rôles de l'éditeur : il prend à sa charge tous ces coûts, donc il prend un risque.
Peut-être que dans un contexte plus difficile, le coût du risque ne pouvant plus être assumé par les livres qui se vendent bien par ailleurs, l'éditeur rogne sur certaines choses, comme la correction.
Et plus prosaïquement, j'ai connu un typographe capable de trouver au moins une faute dans trois paragraphes relus par plusieurs personnes. Peut-être que ça n'existe plus ?
Ahhhh les typographes…
Un corps d’élite composé aux fils des siècles par des traditions où la rigueur naissait d’un processus de production sans cmd-z.
Quand le premier Mac est sorti, ils rigolaient. Quelques années plus tard, ils étaient en recyclage. Comme les aérographes qui étaient des spécialistes du « no undo ».
L’extinction de ces deux « races » de créateurs évoque le sort des forgerons lors de l’apparition de la voiture. Les plus fins ont commencé à fabriquer des arbres à cames, les autres sont allés au saloon.
Vous dites «Peut-être que ça n'existe plus ?». Je suis persuadé du contraire.
Un aspect négligé
J'ai mon idée là-dessus mais j'ai tendance à faire des fautes donc je ne m'étendrai pas trop sur le sujet... C'est intimidant d'écrire sur un blogue d'auteurs... surtout quand on y traite d'orthographe... :)
L'orthographe du manuscrit est un aspect négligé pour tout individu qui veut se lancer dans l'écriture. La correction est un problème qu'un auteur doit régler.
Je compare les auteurs qui veulent s'autopublier avec les musiciens indépendants. Quelle musique achetez-vous et pourquoi?
Les musiciens indépendants que vous écoutez, vous les avez découverts comment? où? pourquoi?
La publication est une chose. Savoir se promouvoir en est une autre. Et c'est là que les auteurs sont plutôt mauvais: dans l'originalité.
Je serais capable d'endurer bien des fautes d'un auteur particulièrement original.
Beaucoup de choses intéressantes;-)
Salut Maxxie,
D'accord avec vous pour insister sur l'importance d'une bonne étape de correction/révision que l'on soit autopubliéE ou poulain dans une maison d'édition.
Pour ce qui est de la prescription, tout change avec internet. Il y a des centaines de sites de lecteurs, parfois hyperspécialisés. C'est là que l'on recommande ce qui nous a plu... Il y a aussi les blogueurs et tout le reste des acteurs du web.
Selon les statistiques que je croise régulièrement, la plupart des découvertes de nouveaux auteurs passaient par le prêt d'un livre par un ami. Ce qui est aujourd'hui souvent considéré comme du piratage. À suivre.
Pour ce qui est de la capacité de s'autopromouvoir, il semble que cela soit le lot de tous les auteurs, incluant ceux qui sont édités. Il apparait que ce travail, à part certains cas d'espèce, soit maintenant du ressort des écrivains.
hello
Salut Luc.
Je suis déjà passé plusieurs fois sur ton blog car je le trouve très intéressant, dans la mesure où il soulève des problématiques telles que la correction, l'autopromotion d'un jeune auteur, etc...Ce sont toujours des sujets très compliqués pour ceux qui sont passionnés par l'écriture et qui souhaitent être publiés un jour, que ce soit sous format papier ou numérique, et je commence seulement à m'y intéresser.
Je pense quand même qu'il faut s'entourer "de pros", que ce soit pour la correction ou la promotion de l'ouvrage, cela me parait vraiment indispensable même si forcément, cela coûte cher. Un bon narrateur ne fait pas forcément un bon vendeur et pour ce qui est de l'orthographe, et de très bons auteurs littéraires commettent des fautes régulièrement... Personne n'est parfait. De quoi passer des nuits blanches et se faire des cheveux blancs, mais le fait de gagner ses premiers euros avec ses propres lignes, c'est quand même le pied et le jeu en vaut la chandelle.
besoin de pros...
Besoin de pros... je ne dis pas non, mais peut-être pas aussi affirmativement.
Exemples (non testés) :
vous cherchez des relecteurs, des conseils : faites-vous un réseau de contacts sur Internet et améliorez-le au fil des retours que vous avez. Sinon, tapez sur notre ami google "béta lecteurs" par exemple et vous verrez apparaître un tas de communautés de relecteurs.
Vous cherchez des recommandations ? tentez une recherche avec "recommandations blog littéraires" ou bien des revues comme http://augusterevue.com/
J'ai bien l'impression que nous sommes à une époque charnière où la qualité n'est plus forcément au rendez-vous par les circuits classiques mais peut être réelle par des circuits au parfum d'amateur, de bénévolat et d'enthousiasme.
Profitons-en ça ne dure jamais aussi longtemps qu'on voudrait...
Merci pour la participation!
Merci pour la participation!
Je suis pour un maximum de professionnalisme.
Voici ce que je dis dans le FAQ du site:
"L'autopublication est plus facile que la voie traditionnelle?
J'écris cette réponse le mardi 18 octobre 2011 et lucprevost.com n'est pas encore en ligne.
Je crois que l'autopublication est plus difficile pour un auteur.
Publier pour zéro dollar est possible en excluant le temps investi, mais ne garantit aucunement le remplacement adéquat des multiples talents qui arpentent les sentiers de l'édition traditionnelle... d’où l’impossibilité d’improviser et l'énormité de la tâche."
@Alexandre
En soulevant le «mythe» de la correction/révision (C/R), je ne tente pas de réduire son importance pour les autopubliéEs. Je crois que les coûts réels de cette étape constituent un obstacle pour quelqu’un qui va vendre 1000 livres. Même à 10 euros.
@J-C Garnier
Je suis totalement en phase avec vous sur l’émergence actuelle de structures alternatives pour combler les besoins de la C/R. Et le reste de la révolution post-capitalisme ;-)
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